La naissance du musée
Une initiative familiale
Jean-Jacques Henner meurt le 23 juillet 1905, sans descendance. Son neveu Jules Henner (1858-1913), le fils de son frère Séraphin, devient son légataire universel et hérite de tous ses biens et œuvres. Avec son épouse Marie (1858-1946), ils ont très vite l’idée de créer un musée à la mémoire du grand peintre qu’était Henner. Jules Henner réalise l’inventaire des tableaux de son oncle (avec l’aide d’Emmanuel ‘Many’ Benner, peintre et fils d’un ami de Henner), achète des œuvres pour enrichir sa collection… Mais sa mort accidentelle en 1913 bouleverse ce dessein naissant. Marie Henner fait alors de l’aboutissement de ce projet, selon « le désir de Jules » et en souvenir « de l’Oncle », une vocation.
Un musée dans un hôtel particulier
C'est en 1922 que Marie Henner achète aux héritiers de Guillaume Dubufe l’hôtel du 43 avenue de Villiers pour y présenter les œuvres de son oncle qu’elle souhaite donner à l’État. En véritable chef d’orchestre, elle entreprend d'importants travaux dans les années qui suivent, sous la direction de l'architecte Marcel Legendre (1882-1960) et sur les conseils de Charles Girault (1851-1932), architecte du Petit et du Grand Palais. Du sol au plafond, les installations de la maison-atelier sont modernisées et les aménagements repensés. Marie Henner cherche à gommer les traces de Dubufe pour mettre Henner à l’honneur et faire du musée un endroit « sobre et intimiste à l’image de l’Oncle ». Elle fait notamment ouvrir le salon néo-Renaissance sur le jardin d’hiver par une colonnade en stuc, d’où son nom actuel de « salon aux colonnes », et recouvre la mosaïque d'une dalle de béton.
Le 19 juin 1923, Marie Henner procède officiellement à la donation à l’Etat français du bâtiment et des collections qu’il abrite pour constituer le musée national Jean-Jacques Henner. La donation est acceptée provisoirement par le décret du 11 janvier 1924, ce qui permet l’ouverture anticipée du musée au public (le 8 mars).
Un appartement-atelier à l'usage d'un conservateur-peintre
Many Benner devient le premier conservateur du musée Henner, Marie Henner souhaitant, selon les clauses de la donation, que le conservateur soit également « un peintre de talent sérieux ». Sur une idée de Denys Puech, sculpteur et ami de la famille, elle décide d’entreprendre de nouveaux travaux et d’aménager un appartement et un atelier pour le conservateur, afin qu’il puisse loger et créer sur place. Les travaux sont réalisés entre 1935 et 1936 sur les plans de l’architecte André Arfvidson. Ces étages sont inaccessibles au public, ils abritent aujourd’hui les bureaux de l’équipe du musée ainsi que les réserves pour les collections.
Une prise de conscience face à son histoire
Au début des années 2000, au cours de travaux visant à installer un chauffage au sol sous un plancher, la mosaïque recouverte par Marie Henner en 1926 est remise à jour. L’équipe du musée y voit l’occasion de rénover et réhabiliter le bâtiment pour se rapprocher de son état d’origine et renouer avec l’histoire de son hôtel particulier. A cela s’ajoute la volonté de faire du musée un lieu plus accessible et adapté au public. En 2008-2009, une importante campagne de rénovation est engagée sous l’égide de l’agence d’architecture Bodin & associés. L’ascenseur, implanté dans les années 1930 au milieu du patio, est déplacé et les murs, repeints en blanc à la fin du XXe siècle, retrouvent une polychromie proche de celle voulue par Marie Henner. La salle à manger est ouverte à la visite et un nouveau parcours proposé aux visiteurs. Faute de financement suffisant, la réfection du jardin d’hiver et du salon aux colonnes n’est pas incluse dans cette campagne de rénovation et l’espace reste inaccessible.
Un renouveau pour le musée
En 2014-2016, un nouveau chantier permet d’offrir au musée sa renaissance tant attendue. Entre autres aménagements entrepris pour améliorer les conditions de visite et la conservation des œuvres, le jardin d’hiver et le salon aux colonnes sont rénovés et de nouveau ouverts à la visite. La réouverture de ces espaces permet de proposer une programmation culturelle et musicale riche, et de faire du jardin d’hiver un lieu d’accueil et de représentation, comme au temps des Dubufe. La restauration du lien entre le musée et l’histoire de Dubufe (et du quartier de la Plaine Monceau) encourage le développement d’une offre de visite diversifiée et inscrit le musée dans une nouvelle dynamique, notamment grâce au réseau « Musées-ateliers » et à l’obtention du label « Maison des Illustres » en 2019.